C’est pas avec des mercis…

Le lundi, 27 avril, 2020

« C’est pas avec des mercis qu’on s’achète une paire de culottes », me disait ma mère. Je crois que cette phrase reflète bien ce que pensent plusieurs travailleurs de la santé durant cette pandémie. Du moins, moi. Et par là, je ne parle pas seulement d’argent.

Je ne suis pas un adepte des réseaux sociaux. Pourtant, les peus de fois que j’y vais, j’y lis des commentaires de mes collègues tannés de se faire appeler « anges gardiens », « sauveurs » ou encore de se faire dire « merci ». Je ne dis pas que ce n’est pas apprécié. Pour ma part, je le prends volontiers lorsque les mots d’encouragement viennent de la population. Toutefois, j’ai plus de difficulté lorsqu’ils viennent de notre employeur.

Pourtant, j’apprécie mon employeur et je fais tout mon possible pour comprendre ses décisions. Or, je trouve difficile de me faire dire merci pour ensuite me faire dire qu’il n’est plus possible de prendre une journée de congé, qu’il n’est plus possible d’avoir de vacances pour un certain temps, qu’une journée de maladie pourrait me valoir des réprimandes, etc. C’est un peu comme se faire dire merci par quelqu’un qui par la suite te sacre une claque dans la face.

Épuisement professionnel

C’est encourageant de se faire dire merci. C’est apprécié sur le coup. C’est bien de faire de belles campagnes publicitaires sur l’épuisement professionnel et la dépression. C’est bien de fournir une belle feuille rédigée dans Word en quelques minutes disant les ressources disponibles en cas de détresse psychologique. Dans les faits, est-ce normal de remercier les travailleurs la santé en mettant en place un décret qui poussera certains à se rendre au bout du rouleau ? Est-ce normal de remercier les travailleurs de la santé en ne permettant pas de périodes de repos nécessaire que sont des vacances ? En obligeant certains à travailler à temps plein tandis que leurs responsabilités personnelles justifiaient un poste à temps partiel ? Pour ensuite, les diriger vers une ressource pour obtenir de l’aide. Au bout de la ligne, d’un point de vue gouvernemental, j’appelle ça être perdant sur les deux côtés.

Je comprends qu’il y avait déjà une pénurie d’infirmière, d’infirmière auxiliaire et de préposés aux bénéficiaires (PAB) avant la crise et que cette pénurie a été amplifiée par les absences dues aux personnes infectées. C’est à mon avis à ce sujet qu’une réflexion majeure s’impose. Pourquoi manque-t-il autant de personnel sur le terrain ? Serait-ce à cause d’une négligence datant d’avant la crise ?

Argent

Ma tante, quant à elle, disait souvent « no money, no candy ». Prenons-le du point de vue des PAB puisque c’est là où c’est le plus flagrant. Comment est-il possible de rendre un emploi aussi fondamental attrayant en rémunérant les travailleurs aussi important 500$ par semaine après déductions. Tout ça pour s’occuper de besoins fondamentaux d’être humains souvent vulnérables tandis que le salaire est plus intéressant pour « passer le balai dans une usine », comme j’ai souvent entendu.

À ceux qui me répondront qu’il n’y a pas juste l’argent qui compte, je serai d’accord. Mais peut-on s’entendre sur le fait qu’il s’agit d’une bonne motivation ? Qu’on ne vit pas de l’air du temps ? D’autant plus qu’il s’agit d’un travail physique, difficile et ingras.

Tous les travailleurs de la santé cités précédemment méritent plus comparativement aux rôles qu’ils jouent sur le terrain. Beaucoup plus que de maigres augmentations suivant difficilement l’inflation annuelle.

Après la pluie…

Encore une fois, il aura fallu une tragédie pour réaliser certains problèmes. Profitons-en donc pour réfléchir sur l’avenir de ces professions afin d’attirer plus de travailleurs et réussir à les retenir dans le milieu. Mais avant tout, en attendant le beau temps, permettons aux travailleurs de la santé de se reposer et trouvons des solutions temporaires convenables pour les remercier concrètement de leur dévouement.

Je précise être conscient que ce texte n’est pas parfait et qu’on pourrait en parler longtemps. Puisse-t-il être un exutoire et une piste de réflexion et j’en serais ravi.

Classés dans : ,

Laisser un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *